1 - Les Hors la loi.

1 - Les Hors la loi.
. Les hors la loi .



Banquet final des deux côtés d'la scène.
Montparnasse chante les louanges d'hier, la jeunesse, et on d'vient adulte on s'marie. C'est comme ça en 2089.

La liberté est ce qu'on appelle un rêve.
A Montmartre les pendus déplorent le temps qui ne passe plus.
2089, le temps est révolu.
Les gens n's'habillent plus, ils portent les connaissances trop bafouées. Mange ton pain et tais toi.
On est revenu trois siècles en arrière. Même que c'est pire qu'hier et demain ne s'annonce pas mieux.
2089, les cloches ne sonnent plus. On se marie pour payer moins cher, on se marie parc'que c'est cacher, dans l'vent, in, on s'marie pour faire comme les stars y a cent ans, on s'marie avec le champagne, et l'autre s'balance à un lampadaire.
Les stars, les étoiles, les paillettes.

Y a cent ans.
Maintenant y a que ça à toutes les rues.
Pas d'paillettes ? Rendez-vous à Montmartre.
Les connaissances ? Monnica Belluci a épousé untel en telle année, celui la s'est pété le nez, lui c'était la cheville, elle a tué son gosse, lui est un meurtrier en série, lui vole à son pays, et l'autre là-bas qui fout des bombes comme on va aux toilettes.
Belles images d'il y a cent ans.

En 2089 on ne sait pas ce que c'est les guitares sèches, les noires et les blanches, le papier et la plume, et puis le rêve...
Avant on était libres de rêver.
Maintenant on rêve d'être libres.
Quand on avance, ça veut dire recule.
En 2089 y a plus d'poubelles, parc'que l'monde est un décharge.
Rouleau compresseur dans l'esprit, pense à rien t'iras mieux...
Mais t'iras mieux où ?
Mais vers l'rien bouffon. Avance et tais toi.
Dans un coin du monde y a un groupe de tout.
L'tout c'est tellement paradoxal, en hyperbole avec le temps.
Dans un coin du monde, y a un groupe, on dirait l'cercle des poètes disparus, on dirait des bouts d'papier, un feu dans un champs, on dirait la vie, le rêve et la
liberté.
Ces gens là n'partagent pas, ou qu'entre eux.
En 2089 plus d'possibilité d'partager surtout pas des sourires à la con et des moments d'sérénade. On pousse pas la sérénade dans c'monde là, alors l'tout part en promenade sur les bords du piano, la musique danse avec l'feu, et les pas chantent à demain à toujours, quand on ne brûlera plus les troubadours.
L'tout c'est Am', Sarah, Jay, Téophile, Ambroise, Anastacia, Paul Gauthier, et puis Jean bien sûr sinon il manquerait un suffixe au grand couturier.
L'tout c'est des échappés d'hier, échappés d'chez eux, exclus d'un monde, plus d'amour, plus rien.

Alors eux ils brûlent leurs espoirs, et ils s'nourissent des cendres.
L'coeur s'agite, et la flamme s'allume quand Ambroise fait d'la confiture avec ses rires.
C'est ça l'tout.
Un rien. Une vie.
Un n'importe quoi.
Un éclair dans la misère.
L'tout c'est l'point qui n'existe plus, c'est la chute, l'néant. Parc'qu'en 2089 même le néant c'est interdit.
Tout est interdit.
Vivre c'est interdit.
Les hors la loi.



The Warm Sunset, Ssilence

# Posté le mercredi 28 juin 2006 08:27

2 - Une clope, des fleurs et les autres...

2 - Une clope, des fleurs et les autres...
_Hey Am' t'aurais pas une clope ?
_Pour quoi faire ?
_Pour faire comme tout l'monde, pardis.
_Et si l'monde il crevait ?
_Je crèverai aussi !
_Mais tu pourras plus faire comme lui alors.
_J'ferais tout ce que je veux. J'renconterai les grands d'il y a 100 ans et encore avant. J'rencontrerai Rimbaud et j'ferais comme lui.
_Fume.
_J'peux pas fumer du rien ? Passe moi une clope.


Am' la regarde et sourit. Petite malice brille au fond du coeur.

_Si tu peux fumer avec du rien. Tu peux fumer l'néant. Tu peux fumer nos fleurs.
_On n'a pas d'fleurs.
_Et les mots dans la poche gauche de ta chemise, c'est quoi ? C'est des clopes peut-être ? Fume les ces mots, et prends les cendres, ranime les. Fais vibrer l'rien. Fais mourir la vie. Et puis fume la, jusqu'à ce qu'elle revienne, en tas d'rien.
_Et le rien j'en fais quoi après ?
_Tu l'embrasses, tu lui fais l'amour, tu l'ornes de fleurs.
_On n'a pas d'fleurs.
_Trouve les. Dans l'néant d'ton envie. Dans le trop plein du vide de ton âme. Tu les trouveras ces fleurs. Et ton rien tu pourras t'en saouler. Tu pourras t'remplir avec.
_Et les autres ?


Am' rit. A chaque fois qu'on dit les autres Am' rit.


_Les autres tu les envoies valser. Les autres ils sont trop loin d'nous, ils ne comprennent pas.
_Où ça loin ?
_Dans l'trop plein d'vagues à l'âme, autour des pendus, entre les cloches trop muettes, sous les paillettes...


Am' et Sarah regardaient le sol, là où leurs pas dansent silencieusement... Et maintenant ? Elles regardent au loin, les cordes qui tournent sans mouvement dans les rues de Paris...
Paris est figé. Paris ne respire plus. Paris ne sait plus vivre. Il y a 100 ans il y avait peut-être des rires et des larmes à chaque coin de rue mais maintenant tout ça était immobile.
En 2089, à Paris il y avait des sourires suspendus dans l'air, invisibles aux yeux des hommes. Les Hors la loi, eux, pourraient certainement les voir. Seulement ils ne savent pas. Pas encore.



Between these houses4, Far-away-near

# Posté le jeudi 29 juin 2006 18:43

Modifié le vendredi 30 juin 2006 05:35

3 - Jouer aux cartes, jouer à la vie.

3 - Jouer aux cartes, jouer à la vie.
Bistrot du jour, bonsoir. Gauthier fait des coktails un peu trop noirs, Anastacia en robe bleue à la couleur de ses yeux. Anastacia attend au coin du monde, un peu ailleurs, surtout ici. Comme un rayon de lune qui n'en finit pas de dire bonne nuit à la mer, et que je t'embrasse foule désillusionnée. Anastacia qui enlace le monde d'un regard. 2089 ou dans un siècle ça n'a pas d'importance. Ses boucles d'oreilles battent le verre, et Gauthier lui sert la Terre.

_Avec ceci Mademoiselle, que voulez vous ?
_Un chaudron que j'te prépare des tu mon Gauthier.
_Ce sera tout ?
_Non, j'voudrais un délice de baisers.


Gauthier se penche, lui embrasse la main. Et respire. Anastacia ou un sourire.
Il embrasse le vide et le néant frappe à son coeur. Il a oublié la sonnette il y a 100 ans. Il embrasse la joie qu'il a perdue. Il embrasse le sourire d'Anastacia qui nargue l'espoir déchu de leur futur.

_Tu sais où est Téophile.
_Sûrement avec son piano je présume.
_Il n'a pas encore compris que les notes de musiques deviennent inanités dans l'air brumeux ?
_Il comprendra quand vous verrez que l'amour n'est pas encore mort. Il comprendra quand vous oserez enfin lui sourire.


Juste une note. Do. Mi. En 2089 tout ça n'a plus de sens. Dos à dos. Face à dos. Un demi rire. Un semblant de soleil.
Téophile à son piano, dans l'ombre du silence, à jouer de l'entrechat avec les touches. Une noire, une blanche, et puis tout recommence. Deux amants dans le vent, s'amusent de son corps qui épouse le piano, deux amants dans le vent.

_Il arrive quand mon chaudron ?
_Tout de suite mademoiselle.


Gauthier s'en va, puis revient. Le chaudron c'est une rose, un peu violette, mais beaucoup trop rouge. Il paraît que c'est ça une rose, mais eux ne savent pas trop, ils inventent avec le passé.

_Ana, tu sais où sont Jean et Paul ?
_Devant toi non ? Ton prénom court après, j'ai l'impression.


Changement d'athmosphère, sourire crispé.

_Ana, tu sais bien... Ma mère.
_Oui je sais, des triplets et un trop grand couturier.


Anastacia rit. Le chaudron pique un peu trop, là où sa peau devient trefle.

_Ils jouent aux cartes ?
_Ils jouent à la vie.
_Comment on fait ?
_On fait rien.
_Tu m'apprends ?
_Vous apprendre quoi ? Comment sourire ? Comment rire ? Comment se saouler à l'espoir ? Comment sauver les autres ? Vous faites ça mieux que personne...
_C'est un drôle de chaudron tu m'as donné là...
_La reine de coeur.


La reine de coeur transperce le vide de ses épines. Espoir d'un jour. Ombre d'un soir. Décombre des cartes déchirées, recollées, puis envolées dans l'air portées par les ailes du néant. On n'choisit pas sa vie. On n'choisit pas son rien. On n'choisit pas...On transforme.
Paris est transformé, un peu trop, et dans l'bistrot du jour, y a Ana qui joue de l'air du temps, Gauthier le preux chevalier, et dans un coin, Théophile un peu trop solitaire, qui rêve avec des notes de musique.
En 2089, à Paris il y avait des sourires suspendus dans l'air, invisibles aux yeux des hommes. Les Hors la loi, eux, pourraient certainement les voir. Seulement ils ne savent pas. Pas encore.



Jeu de la vie, Alchimie du verbe

# Posté le vendredi 30 juin 2006 20:14

Modifié le samedi 01 juillet 2006 04:58

4 - Une caravane et un bateau ivre.

4 - Une caravane et un bateau ivre.
Et devant l'bistrot deux garçons, quelques mégots, la cigarette à la bouche. Ils regardent de loin, acteurs un peu trop spectateurs. Sur l'trottoir d'en face Am' raconte ses rêves à Sarah, et Ambroise vent des pains au chocolat qui sentent la framboise. C'est un peu ça leur vie. C'est un peu ça être un hors la loi, c'est vivre comme tout l'monde mais n'être comme personne.

_Merde, j'ai fini ma clope.
_Va d'mander à Am'. Elle en a plein l'âme.
_Des cigarettes ?
_Ou des brûlures, appelle ça comme tu veux.
_Pourquoi c'est elle qui apaise les nôtres alors ?
_Parce que les nôtres c'est rien comparé aux siennes.


Am' cache tout. Les pleurs qui lui chatouillent le c½ur. Les chaines qui lui lient les mains. Les brûlures incandescentes des trop plein d'vide. Et même son corps d'femme. Elle montre rien. Et pourtant grâce à elle, les autres voient tout. La vie qui respire. La mort qui chante. L'allégresse qui danse. Les Hors la loi qui rient du vide, qui rient d'la vie de 2089.
Et la cendre froide fait une nouvelle brûlure sur les doigts de Paul.

_Aie.

Am' traverse la rue. Pas une âme qui vive à part les Hors la loi. En 2089, les gens s'couchent tôt l'samedi, et font la fête les jours de pluie. C'est quoi la fête ici ? C'est c'que les Hors la loi attendent pour se réunir, parc'que personne ne les regardera faire l'amour aux rêves.
Am' embrase l'air de son odeur.

_C'est quand la prochaine fois ?
_Je sais pas Jean.


Jean, c'est l'plus blond des trois, l'plus cendré, l'plus décalé, l'plus ailleurs. Toujours à poser des questions.

_Et Jay il va revenir ?

Jay, il est loin, parti à la recherche d'une cave en dehors.
3, impasse aigue. Jay sort d'la barraque, la maison est délabrée, on dirait une caravane sans roue. Une maison ? L'vocabulaire n's'est pas élargi en 2089. Jay, s'il avait du dire c'que c'était...

_Une caravane pour faire le tour du monde dans nos têtes, des sièges couleur jonquille et des tableaux de Watteau, du Verlaine dans toute la pièce, et un bateau ivre dans la salle de bain.
_On s'baigne dans un poème ?


Encore Jean. Jean et Jay c'est les deux doigts d'une main. Jean, Paul, Gauthier. Les plus jeunes. Dix sept ans d'vie, dix sept ans d'rien. L'errance. Et puis Jay, l'grand frère, l'insolite, l'original. Les yeux prunes et l'regard blanc. Un peu trop dans l'vide pour être heureux. Mais c'est quoi l'bonheur en 2089 ?
Peut-être les clopes qui s'fumaient pas. Les rires qu'on ne retenait pas. Le soleil qui n'venait jamais. La vie qui ne vivait pas. Les marchands de fruits qui n'ont plus de fruits mûrs. L'espoir qui n'est plus en promotion, vendu avec paille pour le boire. Les négations qui deviennent illusions, les affirmations qui deviennent échos. Dans les catacombes d'une vie oubliée, autrefois tant déchirée.
Les Hors la loi retrouvent les morceaux.



Face of tragedy, Pivan

# Posté le dimanche 02 juillet 2006 17:45

Modifié le dimanche 02 juillet 2006 18:03

5 - Les notes de musique.

5 - Les notes de musique.
_Et il y a 100 ans ?
_Et maintenant ?
_N'joue pas sur les mots Jay.
_Et les autres ?
_Arrête.


Un rire. Am' n'peut pas s'en empêcher. Un rire qui éclate comme un verre trop rempli. Qui pourrait rivaliser avec le sourire d'la lune. Mais la lune en 2089 on n'l'appelle pas lune.

_J'crois que c'était y a plusieurs siècles.

Jean et Paul se regarde. Jean Paul II, l'nom d'un pape un peu trop ancien, y a cent ans... Quand il n'était pas mort et que Benoît XVI attendait dans son église. Benoît XVI ou peut-être juste Saez.

_Lui il savait.
_Il savait quoi Jay ?
_Comme on n'vivrait plus, comme tous ils allaient crever dans l'inhumanité.
_Et nous ?
_Nous on vit d'crever chaque jour. Nous on boit leurs belles paroles, et on les recrache au coin des rues. Et moi j't'invite à danser.


Quelques doigts dans le coup, qui pianotent la chair. Chère Am', elle s'ballade entre deux âmes. Celle d'un garçon un peu trop fille, ou d'une fille un peu trop folle.

_C'est comme ça que tu danses avec les filles.

Jean et Paul rient un peu.

_Mais tout l'monde sait bien que Am' c'est pas une fille.

Elle sourit. Non Am', c'est pas une fille, c'est un trésor, une boîte à bijou. Am' c'est pas une fille, c'est un sourire, une caresse. Am', c'est l'vent, une rafale d'espoir. Qui fait un bras d'fer au rayon d'lune. Am' et Ana en face à face, la vitre entre elle.

_Tes frères ils jouent aux cartes avec des clopes, et Am' leur tient la chandelle. Y a Sarah qui reste assise à regarder l'rien, et Jay qui danse d'ironie.
_Mais l'rien c'est nous ?
_Regarde derrière toi.


Ils se retournent. Téophile valse avec Mozart. Que c'est beau d'être ivre.

_Lui, il n'fait pas parti d'notre rien Ana. Lui, c'est...
_J'sais qui c'est lui.
_Ah bon ?
_Tu l'as déjà vu ?
_Non.


Mais on s'en foutait d'l'avoir déjà vu. On s'en foutait d'le connaître. On s'en foutait de tout. On s'foutait du rien. On s'foutait d'la vie. On s'foutait de 2089.

_Lui c'est la vie.
_Non, nous aussi on vit.
_Pas pareil.
_Il y a plusieurs façons de vivre.
_Des centaines.
_C'est tout.
_A l'infini.


Et l'infini c'est loin. Trop loin. Mais pas assez. Parce que en 2089 les Hors la loi se sont donné rendez-vous à l'infini pour rêver. Pour être libre. Pour vivre. Comme il y a 100 ans ou des gens arrivaient encore à aller dans les étoiles. Maintenant...on ne sait même plus ce que c'est que la lumière.



. Fin du premier chapitre .


Be a woman, Ptite Cocci

# Posté le vendredi 07 juillet 2006 14:39